Le blanchiment de capitaux est un risque qui ne concerne pas uniquement les banques et les professionnels du droit. En Espagne, la Loi 10/2010, du 28 avril, relative à la prévention du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme (transposant les Directives européennes anti-blanchiment) impose des obligations de conformité à un large éventail d'entreprises et de professionnels. Le non-respect expose à des sanctions administratives très lourdes et à une responsabilité pénale.
Les sujets assujettis en Espagne
La liste des sujets assujettis à la Loi 10/2010 est définie à l’article 2 et comprend :
- Établissements de crédit, de paiement et de monnaie électronique
- Entreprises d’assurance vie et de capitalisation
- Entreprises d’investissement et gestionnaires de fonds collectifs
- Agents de change et courtiers en devises
- Promoteurs immobiliers et agents immobiliers (pour toute transaction de vente ou location)
- Notaires (pour toutes les actes relatifs à des opérations immobilières, sociétés, etc.)
- Avocats : uniquement lorsqu’ils interviennent dans des opérations spécifiques (immobilier, gestion de fonds clients, constitution de sociétés, direction d’entreprises)
- Auditeurs, experts-comptables, conseillers fiscaux et gestionnaires administratifs
- Prestataires de services à des sociétés (constitution, domiciliation, gérance)
- Casinos et entités de jeux
- Marchands de biens dont les transactions en espèces dépassent 10 000 euros
Les obligations clés
Diligence raisonnable vis-à-vis des clients (KYC)
Avant d’établir toute relation d’affaires, les sujets assujettis doivent identifier et vérifier l’identité du client (documents officiels d’identité), identifier le bénéficiaire effectif (toute personne physique détenant plus de 25 % du capital ou des droits de vote), comprendre la nature et l’objet de la relation d’affaires, et évaluer le risque de blanchiment associé.
Les mesures de diligence renforcée s’appliquent aux clients à risque élevé : personnes politiquement exposées (PPE), clients résidant dans des pays à risque, opérations inhabituellement complexes ou sans justification économique apparente.
Surveillance continue des opérations
La relation d’affaires doit faire l’objet d’une surveillance continue. Toute opération atypique — montant inhabituellement élevé, structure de paiement complexe sans justification, incohérence entre le profil du client et l’opération — doit être analysée et, si le risque est confirmé, signalée au SEPBLAC.
Déclaration d’opérations suspectes au SEPBLAC
Le SEPBLAC (Servicio Ejecutivo de la Comisión de Prevención del Blanqueo de Capitales e Infracciones Monetarias) est l’autorité de supervision. Toute opération présentant des indices de blanchiment ou de financement du terrorisme doit lui être déclarée, même si l’opération n’a finalement pas été réalisée.
Conservation de la documentation
La documentation KYC (pièces d’identité, informations sur le bénéficiaire effectif, dossiers de risque) doit être conservée pendant 10 ans à compter de la fin de la relation d’affaires ou de l’exécution de l’opération. Cette durée est plus longue que le délai de prescription fiscale ou civil.
Manuel de prévention et organe de contrôle interne
Les sujets assujettis de taille significative doivent disposer d’un manuel de prévention du blanchiment et désigner un responsable interne de conformité LCB-FT. Les entreprises dont l’effectif dépasse un certain seuil doivent également constituer un organe de contrôle interne dédié.
Les erreurs les plus fréquentes
- Considérer que la diligence raisonnable est une formalité administrative et non un processus de gestion du risque réel.
- Ne pas identifier les bénéficiaires effectifs des personnes morales (chaînes d’actionnariat complexes, trusts, fondations).
- Conserver la documentation d’identité sans la mettre à jour périodiquement pour les relations d’affaires de longue durée.
- Ne pas former les collaborateurs qui sont en contact avec les clients à la détection des opérations suspectes.
- Négliger la déclaration au SEPBLAC par crainte de nuire à la relation commerciale avec le client.
BMC accompagne les sujets assujettis dans la mise en place et la mise à jour de leur programme de prévention du blanchiment de capitaux, en articulation avec leur programme de compliance pénale.