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Juridique Article

Médiation obligatoire en Espagne : les MASC selon la Loi Organique 1/2025

La Loi Organique 1/2025 rend la médiation obligatoire avant toute action civile et commerciale en Espagne à partir d'avril 2025. Guide des MASC : champ d'application, exceptions, certificat et coûts comparés au contentieux.

7 min de lecture

La Loi Organique 1/2025 du 2 janvier, relative aux mesures visant à renforcer l'efficacité du Service Public de la Justice — publiée au Journal Officiel le 3 janvier 2025 et en vigueur depuis le 3 avril 2025 — a introduit la modification la plus significative de la procédure civile espagnole depuis la Loi de Procédure Civile de 2000 : l'obligation de tenter un Mécanisme Approprié de Résolution des Litiges (MASC — Medio Adecuado de Solución de Controversias) comme condition préalable à l'introduction de toute action déclaratoire civile ou commerciale.

Le MASC : concept et fondement

Le MASC ne désigne pas une forme spécifique de résolution alternative des litiges, mais constitue un concept juridique englobant différentes voies : la médiation, la conciliation, la négociation assistée par avocat (droit collaboratif), l’avis d’expert neutre ou toute autre procédure extrajudiciaire de résolution des litiges. La loi ne contraint pas les parties à parvenir à un accord — cela violerait le droit constitutionnel d’accès à la justice — mais leur impose de tenter la voie extrajudiciaire de bonne foi avant de saisir les tribunaux.

Le fondement de cette réforme réside dans la surcharge du système judiciaire espagnol : plus de trois millions d’affaires civiles introduites chaque année, avec des procédures de première instance dépassant en moyenne dix-huit mois dans les grandes villes. Le législateur vise à ce qu’une part significative des litiges commerciaux et civils soit résolue en dehors des tribunaux — à moindre coût, avec une plus grande rapidité et une meilleure préservation des relations entre les parties.

Champ d’application : quels litiges nécessitent une tentative préalable de MASC

L’obligation couvre les procédures déclaratoires civiles et commerciales, y compris les procédures ordinaires et les procédures abrégées (procédure orale). Sont exclus :

  • Les procédures familiales impliquant des mineurs (sauf décision contraire du juge)
  • Les procédures d’injonction de payer (proceso monitorio) et les procédures cambiaires
  • Les saisies hypothécaires et non hypothécaires
  • Les procédures d’insolvabilité
  • Les procédures de juridiction gracieuse
  • Les procédures relatives aux droits fondamentaux
  • Les procédures relatives à l’état civil et à la capacité

L’exclusion la plus significative pour les entreprises concerne la procédure d’injonction de payer (proceso monitorio) : les créances monétaires liquides appuyées par des documents — factures impayées, prêts échus — ne nécessitent pas de tentative préalable de MASC. Cela couvre l’essentiel du recouvrement de créances courant entre entreprises.

Le certificat MASC : condition de recevabilité

Le certificat MASC atteste que les parties ont tenté le mécanisme extrajudiciaire. Sa production à l’appui de la demande constitue une condition de recevabilité : en son absence, le tribunal refusera d’admettre la demande. Le certificat peut constater deux situations :

  1. Tentative infructueuse : la partie sollicitée ne s’est pas présentée ou s’est présentée mais aucun accord n’a été trouvé. L’introduction de la demande est immédiatement possible.
  2. Accord partiel : un accord a été conclu sur certains points mais pas sur tous. L’introduction de la demande est possible sur les points non résolus.

Le certificat est délivré par le médiateur ou l’institution ayant conduit le MASC. Il n’existe pas de modèle officiel unique, mais il doit mentionner : l’identification des parties, l’objet du litige, les dates de début et de fin de la procédure, ainsi que le motif de la conclusion sans accord.

Le processus de médiation MASC étape par étape

Demande d’ouverture : l’une ou l’autre des parties peut initier le MASC. Dans les litiges commerciaux, c’est généralement le futur demandeur qui le fait. La demande est adressée au médiateur ou à l’institution choisie et doit identifier les parties, l’objet du litige et la valeur approximative en jeu.

Convocation et séance d’information : le médiateur convoque les deux parties dans un délai de cinq jours ouvrables. La séance présente la procédure, les honoraires et les règles de confidentialité. Chaque partie est libre de décider si elle souhaite poursuivre la médiation.

Séances de médiation : si les deux parties acceptent, des séances sont organisées selon les besoins. Le médiateur n’impose pas de solutions mais facilite la communication et aide les parties à identifier leurs intérêts et les options d’accord. Les échanges sont confidentiels : les déclarations formulées au cours de la médiation ne peuvent être utilisées comme preuves dans d’éventuelles procédures judiciaires ultérieures (art. 9, Loi sur la Médiation 5/2012).

Conclusion : la médiation se conclut par un accord total, un accord partiel ou l’absence d’accord. Le médiateur délivre le certificat MASC dans tous les cas.

Coûts du MASC comparés au contentieux

ÉlémentMASC (médiation privée)Procédure civile ordinaire
Durée moyenne4 à 8 semaines18 à 36 mois (première instance)
Coût indicatif500 à 3 000 € par partie8 000 à 30 000 € par partie
ConfidentialitéOui, protégée par la loiNon (audiences publiques)
Préservation de la relationÉlevéeFaible
Contrôle sur le résultatÉlevé (accord propre)Faible (le juge décide)

Les barreaux des grandes villes et les chambres de commerce proposent une médiation institutionnelle à tarifs réduits, particulièrement accessible aux PME.

Impact sur la stratégie contentieuse des entreprises

L’obligation de MASC transforme la gestion des litiges par les entreprises. Celles-ci doivent intégrer le MASC dans leurs protocoles de gestion du contentieux : identifier quels conflits sont de véritables candidats à la médiation — et non de simples exercices de conformité formelle — et entretenir des relations avec des médiateurs spécialisés dans leur secteur pour chaque type de litige.

Le refus injustifié de s’engager dans le MASC — ou une participation de mauvaise foi sans intention réelle de négocier — entraîne des conséquences en matière de dépens : les tribunaux peuvent mettre les dépens à la charge d’une partie ayant refusé sans justification la voie extrajudiciaire et qui succombe in fine. Il s’agit d’une puissante incitation à considérer le MASC comme une véritable opportunité de résolution plutôt que comme une simple formalité procédurale.

Choix de médiateurs accrédités pour les litiges commerciaux

Pour les litiges commerciaux complexes, le choix du médiateur est déterminant. Un médiateur doté d’une formation juridique et d’une expérience sectorielle dans le type de litige concerné — fusions-acquisitions, propriété intellectuelle, distribution, relations de travail des cadres dirigeants — peut faciliter des accords qu’un médiateur généraliste ne saurait obtenir. Le Registre des Médiateurs du Ministère de la Justice permet d’effectuer des recherches par spécialité et par localisation.

Les institutions de médiation accréditées — telles que le Service de Médiation de l’ICAM (Barreau de Madrid) ou les centres de médiation des chambres de commerce — offrent des garanties de qualité supplémentaires, une assurance responsabilité civile professionnelle et des procédures administratives standardisées qui réduisent le risque de contestation formelle du certificat MASC.

Considérations stratégiques pour les entreprises étrangères en Espagne

Les entreprises étrangères ayant des activités ou des cocontractants en Espagne doivent mettre à jour leurs modèles contractuels types pour y inclure des clauses de médiation désignant une institution accréditée spécifique aux fins du MASC. Cela permet d’éviter les litiges sur le choix du médiateur ou de l’institution, d’accélérer le processus et de sélectionner des médiateurs disposant de compétences bilingues. Les contrats existants soumis au droit espagnol doivent également être révisés en ce qui concerne leurs clauses de résolution des litiges, l’obligation de MASC s’appliquant indépendamment des stipulations contractuelles — les parties ne peuvent pas contractuellement se soustraire à l’exigence de tentative précontentieuse.

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